Paris d'Amour - 20 histoires érotiques et parisiennes

von: Emma Priss

Librinova, 2017

ISBN: 9791026211662 , 151 Seiten

Format: ePUB

Kopierschutz: Wasserzeichen

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Preis: 4,99 EUR

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Paris d'Amour - 20 histoires érotiques et parisiennes


 

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« Et attention à Belphégor ! »

Charlène sourit en entendant son confrère lui murmurer son ultime conseil. Elle souhaite lui répondre par une petite blague – même si elle n’a jamais eu beaucoup de repartie –, mais Zach s’est déjà esquivé dans une salle lointaine et noire. La pyramide de verre récemment emballée par l’artiste JR et, dans le lointain, la grande roue illuminée, plongent le Louvre dans un engourdissement enchanteur. Il n’est pas tard, pourtant ! À peine vingt heures trente…

Tout est calme dans l’aile Denon, surtout dans la galerie Thorvaldsen qui rassemble tout ce que l’Europe du Nord compte de sculpteurs classiques. Pourtant Charlène, agent de surveillance par intérim depuis trois mois, n’aime pas trop la salle E où elle a été affectée pour cette nuit. Dans cette pièce, de dimensions modestes pour le Louvre, sont exposées trente-trois œuvres exactement. Leurs auteurs sont parfaitement inconnus de Charlène, qui peine à prononcer les noms qu’elle juge barbares, patronymes impossibles des contrées sibyllines du Grand Nord. Ces artistes ne brillent pas par leur gaîté : sainte Barbe dispute une étagère à saint Roch, tandis que quatre statues de bourreaux encerclent une mise au tombeau. Ni le « Chanoine agenouillé » (anonyme du Nord de la France), ni la « Vierge de douleur » (France ou Pays-Bas ?, fin du XVe siècle), pas plus que les « Éléments du monument funéraire d'Émeric Schillink » (Liège, 1561) ne trouvent grâce aux yeux de la jeune femme. Le sordide et le déprimant s’étalent et fusionnent sans passion dans ces statues maussades, en totale disharmonie avec son humeur d’ordinaire joyeuse.

Il va falloir tuer le temps : trente minutes pour regarder les statues avec attention, trente minutes pour grignoter un sandwich en regardant dehors. Trente minutes pour lire un peu… trente minutes d’errance…

Oui, cela risque d’être long. Pourtant, ses parents lui répètent à l’envi : « Charlène, profite ! Tous les soirs, tu vois le Louvre de nuit, en invitée privée, en VIP ! Il y a des gens qui se damneraient pour cela. »

Si elle hoche la tête pour faire plaisir, la jeune femme avoue sans honte qu’elle troquerait bien ses nuits muséales contre un CDI pas trop mal payé… mais avec cette foutue crise et son Master en linguistique comme seule arme pour intégrer le marché du travail, l’avenir s’annonce plutôt sombre.

Quand elle y pense, Charlène aimerait bien avoir la même vie que sa cousine Andréa, qui vient d’acheter un super appart dans le vingtième arrondissement, en plein cœur de la Campagne à Paris !

Songeuse, la jeune femme fait le tour de la galerie, histoire d’en avoir le cœur net, d’éventer tous les secrets des sculptures, avant de revenir tuer le temps comme elle le peut sur sa petite chaise bleue, et ce jusqu’à minuit vingt.

Elle jette un regard distrait sur les œuvres, quand elle tombe, dans le renfoncement de la galerie juste à côté de la porte, sur deux corps entremêlés, éclatants de blancheur dans cette nuit réfrigérante.

Charlène recule de quelques pas, ébaubie par ces corps en majesté. La statue doit faire trente centimètres de hauteur, et représente un centaure empoignant sans douceur une bacchante gracile, dont la tête est rejetée en arrière.

La jeune fille, perplexe, tourne autour du couple. Les croupes de la nymphe et du centaure ressemblent à deux jujubes outrageusement gonflées.

Que font ces deux fessus au milieu des Christ en croix et des madones éplorées ?

« Johan-Tobias Sergel (Stockholm 1740-1814) ; Centaure enlaçant une bacchante », déchiffre-t-elle sur le cartouche. La musculature de l’homme-cheval est avantageuse, mais, de là où elle se trouve, Charlène ne peut voir sa tête, cachée par celle de la nymphe. La jeune femme ondule lentement autour de la statue en l’éclairant du faisceau capricieux de sa lampe torche. Elle se poste à l’arrière de la composition : le sculpteur a jubilatoirement placé la main du centaure… pile dans le derche de la nymphe.

Charlène sourit, incrédule : dans les plis délicats des fesses de la bacchante se nichent en effet quatre doigts entreprenants. Le centaure agrippe le cul potelé avec une incroyable sensualité. Quel contraste avec la force de l’empoignade !

Cette scène figée dans l’argile fait forte impression sur Charlène, qui mouille un peu sa culotte.

« Mais Charlène enfin, que t’arrive-t-il ? Une statue de nymphe pelotée par un centaure, et toi tu te sens toute chose ? », se morigène gentiment la jeune femme.

Il faut dire que le couple est bien sympathique : les lèvres de la bacchante s’étirent d’une manière difficile à interpréter : sourit-elle ? Elle semble courir vers le centaure. Quant à lui, ni une ni deux, il dépose un petit bisou coquinou dans son cou.

Charlène rigole toute seule, un peu gênée de se sentir excitée par une statue surgie de l’imagination d’un Flamand grassouillet. Mais le fait est que le centaure est à deux doigts de doigter sa copine d’argile ! Il la saisit à la naissance de la vulve, et son majeur s’y enfoncerait encore plus si l’argile cuite ne l’avait pas figé pour l’éternité.

Charlène n’ose plus soupirer tant elle craint de laisser échapper un gloussement d’excitation trop explicite. Elle a un peu honte de se retrouver dans cet état. Depuis combien de temps n’a-t-elle pas baisé un bon coup ? Et son collègue qui est là, dans la salle juste à côté…

Zach est plutôt pas mal, quand elle y pense. Le genre qui met en appétit. Un grand renoi, musclé… Il a une copine, mais ce n’est pas grave. Charlène se met à fantasmer comme une dingue : elle s’imagine dénudée, des « papillons dans le ventre », « en mode câlin », tandis que Zach transformé en centaure lui glisse un doigt dans la chatte.

Après avoir jeté un coup d’œil anxieux autour d’elle, elle déboutonne son pantalon et glisse sa main entre la toile du jean et le coton de sa petite culotte à pois verts. Chaleur de ses doigts sur son clito. Bien-être immédiat. Petits frissons. Et hop là, elle enfonce encore un peu plus la main au fond de son slip. Jouer avec la souplesse de ses phalanges, la longueur de ses doigts. Ses ongles longs égratignent sa peau. Cette caresse rêche la fait grimper aux rideaux.

« J’ai teeellement envie d’appeler Zach », pense-t-elle.

Que ce colosse la déshabille au milieu des statues aveugles et centenaires – complices pour certaines, désapprobatrices et hiératiques pour d’autres, comme le serait sans doute la statue de sainte Barbe, cette vieille chouette oubliée sur l’étagère !

Pourtant, le nom de Zach ne franchit pas ses lèvres. À la place, elle imagine lécher la statue à petits coups de langue nerveux. Si cela se trouve, le membre de son collègue est aussi dur que le marbre qu’elle câline ainsi dans son imaginaire fécond.

Charlène ne peut ignorer sa culotte baignée de foutre qu’elle a descendue sur le haut de ses cuisses. Quelle frustration ! Dépitée, elle ne peut que constater l’immense décalage entre ses plaisirs solitaires et l’enivrement qui anime les deux personnages de pierre.

Ce que Charlène ignore, c’est qu’elle a malgré elle crié un peu trop fort, assez pour alerter Zach qui s’était presque assoupi, emmitouflé dans un manteau long, pris au piège du froid occupant les espaces majestueux du musée.

Il serait dommage de ne pas parler de la plastique de ce jeune homme très bien fait, dont les épaules et des jambes sont dessinées par la pratique assidue du basket en compétition. On aimera particulièrement la veine sexy qui ressort légèrement sur son avant-bras droit, et ses pecs sculptés par l’aviron.

« Euh… Charlène ? », chuchote-t-il, intrigué par ce cri inapproprié dans un lieu où les statues frigides le disputent aux peintures mornes.

Aucune réponse.

Zach se lève avec prudence.

Dans la clarté de la lune, le spectacle semble tout droit sorti d’un conte merveilleux, d’une fantaisie érotique. Charlène lui tourne le dos sans cesser ses mouvements orgiaques ; ses longs cheveux viennent caresser le haut de ses fesses découvertes.

Retroussement incontrôlable.

Frein à l’air.

Insoutenable douleur érectile.

Zach empoigne sa verge pour une branlette qui le soulage un peu. Quelques gouttes opalines perlent de son gland. Il le comprime pour ne pas imbiber son pantalon.

C’est un peu gênant quand même.

Il approche la jeune femme à pas de loup. Charlène l’a entendu arriver et le bruit de ses pas retentit son bas-ventre. Elle continue à se toucher comme si de rien n’était : les rigoles de ses lèvres gonflées ne contiennent plus l’inondation.

« Maintenant, Zach, tu vas me coincer contre le mur, m’écraser de tout ton poids sur ta bite, me travailler à grands coups de reins… la totale, je veux la totale ! »

Elle tressaille au contact de la main posée sur son épaule.

Charlène intime à Zach l’ordre de s’allonger sur le sol glacial. La lune projette une lumière blanche au travers des fenêtres. Le jeune homme étendu ressemble à un cadran solaire : l’ombre de sa verge charnue et cambrée, s’étire, impériale.

« Je vais te me la secouer un bon coup », songe Zach, au paroxysme.

Charlène songe : « Il est onze heures, on a encore un peu de temps avant l’arrivée de la seconde équipe de nuit. »

La jeune fille...